[ Le Courage d'Aimer ]

J’ai découvert Magma par hasard en 1997 ou 1998. Ma mère m’avait montré une boutique susceptible de me plaire. Une boutique pleine de bds, de disques. Etant à l’époque en pleine découverte de l’œuvre d’HR Giger, je tombais alors sur le disque vinyle Attahk de Magma dont je reconnu la pochette pour l’avoir vu dans le livre de Giger (où un Alien fait du ski sur la couverture, ce qui n’est pas banal). Je l’achetais, et une fois chez moi, je découvrais une musique étrange, inclassable, qui me fascinait et me plaisait aussitôt. Je décidais d’aller plus loin, j’empruntais le seul disque de Magma disponible à la médiathèque d’Antony : Kohntarkosz. Assez déçu (à l’époque) par cet album, je me renseignais un peu sur le groupe et découvrit alors Mekanik Destruktiw Kommandoh, l’album recommandé par tous les dictionnaires du rock, tous les articles d’internet et les disquaires. Je m’en tenais alors à MDK et Attahk, sans aller plus loin, ayant déjà fort à faire à explorer la musique de Genesis, Jethro Tull, Emerson Lake & Palmer…

En l’an 2000, ma famille étant bien au fait de ma fascination pour Magma, m’offrit le Coffret du Trianon. La Trilogie Theusz Hamtaahk au grand complet. Et je fus conquis, tellement conquis que je me procurais alors toute la discographie du groupe. Tout cela m’amena en 2004 quand je vis une affiche dans Paris annonçant un concert au Triton, un petit club des Lilas. Ni une ni deux, je pris aussitôt date avec Magma. J’allais voir LE groupe Magma, j’allais en prendre plein la tête. Et ce fut le cas. Je pris une mémorable baffe dans la tête, une baffe qui reste mon meilleur souvenir du groupe, puisque tout ce que j’entendis ce soir-là fut totalement nouveau pour moi. A l’époque je ne connaissais pas Kohntarkosz Anteria (qui n’était pas encore sorti en cd) ni KMX B12. Je connaissais à peine Wurdah Itah (que je n’avais pas assez écouté sur le Coffret des 30 Ans au Trianon) pas du tout Kobaïa, et encore moins la « Ballade ».

Ce fut donc un choc mémorable. Je découvrais un groupe dans l’ensemble jeune, nerveux, vivant. Deux claviéristes dans la trentaine, un chanteur et une choriste du même âge, deux autres choristes un peu plus âgées, un guitariste et un bassiste eux aussi aux alentours de la trentaine, et bien sur, le batteur Christian Vander, présent depuis le début. J’insiste bien sur le fait que ce soir là, j’ai assisté au concert d’un groupe, et pas d’un ensemble gravitant autour d’un capitaine en la personne de Christian Vander, dont je connaissais peu l’aura et le rôle dans Magma. J’ai vibré en écoutant les chœurs, j’ai tremblé en écoutant les claviers (Om Zanka…) et j’ai été pas mal scotché par le jeu entre la basse et la batterie.




Après le concert, j’achetais un t-shirt Magma, noir orné du fameux sigle, rouge. Sur Internet, je ne tardais pas à découvrir le site officiel du groupe, j’en apprenais de plus en plus sur son histoire, sur son passé, son présent, les membres du groupe etc. Et au hasard des discussions, des rencontres avec d’autres personnes aimant cette musique, je découvrir le phénomène des rumeurs à propos de Christian Vander. Les choses que j’ai lues ou entendues ont trait au Nazisme. S’il y a bien un sujet délicat, c’est celui-là. Presque banni des forums depuis toujours, ce sujet est celui de toutes les empoignades.

Plusieurs points semblent briser tout doute quand à l’idéologie animant Christian Vander, à commencer par son idole, son guide, son maitre absolu et vénéré : John Coltrane. Un Noir ! Donc là on se dit « Vander ne peut PAS être nazi ! » Ensuite, il y a son ex-femme, Stella Vander, dont le vrai nom est Zelcer, dont les parents sont Juifs. Si Vander était effectivement nazi, il ne se serait pas marié avec Stella, n’aurait pas eu Julie, et Stella ne serait pas encore aujourd’hui celle qui fait que Magma est encore en vie financièrement. Ensuite il y a René « Stundher » Garber, encore un Noir, présent dans la toute première formation de Magma, et souvent aperçu lors de concerts jusqu’à aujourd’hui (présentant les musiciens, sur scène). Ensuite il y a dans les années 90 et 2000 les enfants Paganotti, d’origine Japonaise.




Bref, de par la couleur de peau des membres du groupe ou leur origine religieuse, rien ne laisse planer l’ombre d’un doute quand à l’hétérogénéité des musiciens, et donc de l’impossibilité que ce groupe soit un groupe Nazi (dans le sens « groupe composé de néo-nazis cherchant à exprimer des opinions néo-nazies à travers leur musique ») Mais alors qu’est-ce qui fait que cette odeur colle à Magma depuis toujours ? Réponse : les choses que j’ai lu ou entendu à propos de Christian Vander (et que d’autres ont lu ou entendu avant moi) et qui sont, selon les individus qui en parlent, soit des rumeurs infondées, soit des indices significatifs. Tout cela ne concerne que Vander. Vander qui compose, qui joue, qui valide les pochettes, qui écrit les paroles... Vander.

A travers divers éléments (pochette, paroles, illustrations) les rumeurs disent que Christian Vander chercherait à exprimer sa fascination pour le Nazisme. Je connais deux personnes assez proches de Vander, et ces personnes m’ont assuré que ces rumeurs étaient des conneries. Sur Internet, Il y a des pages qu’on peut trouver un peu partout en tapant « magma nazisme » dans n'importe quel moteur de recherche, mais y a-t-il vraiment des faits ? Il y a certains indices (selon les personnes qui pensent que Vander est fasciné par le Nazisme) mais le problème est de savoir qui était là le premier : les rumeurs viennent-elles des indices ? Ou ces indices ont-ils été trouvés après avoir lus ou entendu ces rumeurs ? Il faut bien considérer le fait qu’il est facile pour une personne de trouver 10.000 indices quand on l’a convaincu à l’avance du bien-fondé d’une théorie...





Je pensais au cours de la rédaction de ce texte décortiquer l’œuvre de Vander pour regarder à la loupe les fameux indices d’où proviendraient ces rumeurs (pour les confirmer, ou les infirmer) et puis finalement je me suis résolu à ne pas prendre le risque que des gens sortent ces fameux indices de leur contexte, qui plus est lorsque ces indices sont finalement bien maigres quand de l'autre coté il y a tant de faits montrant que Vander, si il est probablement fasciné par le Nazisme, prend tout de même le temps d'avoir comme idole(s) Coltrane, Redding...

Alors le courage c'est quoi ? Le courage, c'est de ne pas renier ses émotions et de continuer à aimer une musique, quels que soient les éléments greffés à cette musique. Certains éléments (pochette, paroles) comportent effectivement des éléments ambigus. Ambigus car on m'a parlé de ces rumeurs/indices AVANT que je ne connaisse ces éléments. Donc faut-il les prendre en compte ? Je pense qu'il faut revenir à la musique, car c'est de musique qu'il s'agit. Pas d'un homme, pas de ce qu'il pense, pas de ses idées politiques. Il s'agit de musique, et riend’autre.

La musique de Magma casse les codes, brise les règles, éclate la structure. Comment peut-on penser un seul instant qu’une musique aussi libre, aussi organique, aussi naturelle, puisse être utilisée, récupérée, dirigée, canalisée, comme le véhicule d’une idéologie ? Et quand bien même Christian Vander voulait clairement le faire, pourrait-il y arriver en avançant masqué ? En disséminant des indices ici et là ? Il y a là clairement un paradoxe quand on connait le jusqu’au-boutisme de Christian Vander.




Celui-ci répète d’ailleurs à l’envie dans les interviews qu’il n’est qu’un récepteur de cette musique, que « Magma devait arriver, par moi ou par quelqu’un d’autre ». Il y a là donc un aveu de distanciation entre le créateur et son œuvre. Ce n’est même pas moi qui dis que je fais la différence entre Vander et sa musique, c’est lui-même qui nous le dit.

Comme si cette musique venait de plus loin que Vander, qu’elle le dépassait (c’est probablement le cas) je dirais même de plus loin que notre époque. Ni du passé, ni du futur. Du « Cosmos ». La musique de Magma n’était-elle pas la musique des « Forces de l’Univers » ? Zeuhl ne veut-il pas dire « Musique Céleste » ? Indubitablement, la musique de Vander n’est pas le reflet de ce qu’il est, lui, politiquement. Par contre, et c’est là tout le sel de l’affaire, Vander semble (toujours selon les rumeurs) vouloir donner une forme à cette musique, l’orienter, lui donner une direction politique. Peut-on y arriver à force de petits éléments que les rumeurs pointent ici et là ?




Non. Car Kobaïa ïss deh hündin : L’éternel est infini. Une musique aussi cosmique (« Da Zeuhl wortz kosmïk ») ne saurait être apprivoisée et réduite à véhiculer une obscure pensée humaine remontant à plus de cinquante ans, quelque part sur une minuscule planète. Une musique aussi puissante, aussi complexe, aussi décalée ne saurait accepter que son récepteur veuille la canaliser dans une direction, quelle qu’elle soit. S’il y a réellement tentative de la part de Christian Vander, l’échec est flagrant puisque j’aime toujours sa musique.

Je pourrais jouer au psychologue de comptoir et dire que l’histoire d’Ëmëhntëhtt-Rê est celle d’un échec. Celle de Kohntarkosz aussi. Que l’histoire des Cygnes et des Corbeaux se termine mal (« l’amour ne suffit pas »). Que l’histoire de Kobaïa se termine probablement mal. Que plus simplement et plus directement, l’histoire de Riah Saahiltaahk raconte la mort d’un Kobaïen qui pensait pouvoir maitriser la nature. Maitriser la nature ? On ne maitrise pas le Magma. J’aime ta musique, Christian, et ce n’est pas une question.



Le Premier Novembre 2009

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